Avant de choisir une mĂ©thode, il faut savoir si la souche va repartir. Pour une bonne partie des arbres, la rĂ©ponse est non, et l'ouvrage le plus lourd devient inutile. LE POINT DE DĂPART, qui explique tout le reste. Une souche coupĂ©e Ă ras ne meurt pas avec l'arbre. Les racines contiennent des rĂ©serves de sucres accumulĂ©es pendant des annĂ©es, et beaucoup d'essences les mobilisent pour repartir.
Une souche n'est pas un déchet. C'est un systÚme racinaire intact, avec un garde-manger plein.
LES DEUX MOTS Ă NE PAS CONFONDRE, parce qu'ils n'appellent pas la mĂȘme solution.
Le rejet part de la souche elle-mĂȘme ou de la base du tronc.
Le drageon part des racines, parfois Ă plusieurs mĂštres de distance de la souche.
Détruire la souche rÚgle les rejets. Elle ne rÚgle pas les drageons, qui peuvent sortir à l'autre bout de la pelouse.
LA LIGNE DE PARTAGE PRINCIPALE, et elle fait gagner beaucoup de travail. Les résineux ne rejettent pas de souche. L'abattage d'un conifÚre entraßne généralement la mort du systÚme racinaire.
Un pin, un épicéa, un sapin abattus ne repousseront pas.
Les exceptions existent mais sont rares et identifiables : les ifs, Sequoia sempervirens, Metasequoia, Taxodium, Cryptomeria et Araucaria.
LES FEUILLUS, Ă l'inverse. D'une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les feuillus rejettent bien de souche. Les chĂȘnes, les frĂȘnes, les sorbiers, les merisiers, les noyers, les bouleaux et le ginkgo rejettent aussi, mais avec moins de vigueur.
Et au-dessus, les champions : robinier faux-acacia, peuplier, saule, ailante, chĂątaignier, prunier, noisetier.
Chez ces espÚces, chaque blessure sur une racine superficielle peut déclencher l'émergence de nouveaux drageons. Autrement dit, intervenir maladroitement les multiplie.
CE QUE CELA DONNE SUR LE TERRAIN. Les drageons de peuplier et de robinier traversent pelouses, massifs et mĂȘme joints de dallage. Les rejets sont parfois assez puissants pour soulever un revĂȘtement de surface compact.
Et le temps joue pour eux : une souche coupée peut continuer à alimenter des drageons pendant plusieurs années grùce aux réserves stockées dans les racines.
Pour un robinier, il faut compter trois à cinq interventions étalées sur une à deux saisons avant que les réserves racinaires s'épuisent, en combinant coupe à la racine et traitement de la plaie à chaque passage.
LE DĂTAIL D'ARBORICULTURE, pour ceux qui veulent garder la souche vivante en cĂ©pĂ©e. Les rejets issus de bourgeons proventifs, qui apparaissent sous la coupe, sont mieux ancrĂ©s. Ceux qui naissent sur le bourrelet de recouvrement, Ă partir de bourgeons adventifs, sont moins bien ancrĂ©s et risquent de s'arracher facilement : il vaut mieux les Ă©liminer.
Dans tous les cas, les rejets restent fragiles pendant leurs deux premiÚres années.
L'AVERTISSEMENT DU POST PRĂCĂDENT, et son explication technique. Il arrive que des racines d'arbres voisins de mĂȘme essence soient soudĂ©es entre elles, par anastomose, ou que les arbres soient issus de drageons d'un mĂȘme individu.
Un produit appliqué sur une souche peut alors se diffuser par l'intermédiaire des racines et entraßner la mort des arbres liés.
Ce n'est pas une prĂ©caution thĂ©orique : c'est la raison pour laquelle on Ă©carte les produits dĂšs qu'un arbre vivant de la mĂȘme espĂšce pousse Ă proximitĂ©.
LA DURĂE SI L'ON NE FAIT RIEN. Les rĂ©sineux et les bois tendres, peuplier et tilleul, se dĂ©gradent en trois Ă cinq ans. Un chĂȘne ou un robinier rĂ©siste beaucoup plus longtemps.
La dĂ©composition est l'Ćuvre des champignons, des bactĂ©ries et de certains insectes, et sa vitesse dĂ©pend de la qualitĂ© du bois.
LES DEUX ARGUMENTS OPPOSĂS SUR LA SOUCHE LAISSĂE EN PLACE, et ils sont tous deux documentĂ©s.
Pour : une souche en décomposition sert de refuge à la biodiversité, insectes, abeilles sauvages, hérissons, oiseaux, et enrichit le sol en se décomposant. Des insectes rares, nécessaires à l'équilibre écologique du site, en dépendent.
Contre : les insectes xylophages, scolytes, capricornes, bupestes, pondent dans le bois mort. Une souche de rĂ©sineux laissĂ©e en place peut devenir un foyer de scolytes qui s'attaquent ensuite aux arbres voisins en bonne santĂ©, phĂ©nomĂšne documentĂ© dans les forĂȘts pyrĂ©nĂ©ennes aprĂšs les tempĂȘtes. Et les termites souterrains recherchent exactement ce type de gisement : humide, tendre, Ă faible profondeur et proche des fondations.
Une souche de feuillu isolée au fond du jardin est un atout. Une souche de résineux au milieu d'une pinÚde, ou une souche contre des fondations, est un risque.
LES DEUX CAS QUI TRANCHENT SANS DISCUSSION. Le dessouchage complet s'impose dĂšs qu'une construction est envisagĂ©e sur ou prĂšs de l'emplacement, et dĂšs que la souche appartient Ă une essence trĂšs drageonnante dont les racines doivent ĂȘtre Ă©liminĂ©es physiquement.
Résineux : elle ne repoussera pas. Robinier : elle repoussera ailleurs.